En septembre 2013, nous étions six jeunes comédiens, nous avions passé un an à l’Ecole de la Comédie-Française, et nous affirmions une envie et une chance, celle de créer librement des spectacles et une identité, dans des conditions que nous pourrions définir.

Nous parlions d’Heimat, d’un foyer en quelque sorte, d’un endroit intime que l’on prendrait plaisir à retrouver. Nous disions avec honnêteté qu’il n’y aurait pas de manifeste, mais simplement la description au fil des mois de nos remises en question, la redéfinition de nos règles du jeu.

 

En mars 2017, après trois spectacles, Pauline à la plage, d’après le film d’Eric Rohmer, Presque l’Italie, une commande passée à l’auteur Ronan Chéneau, et Trio en mi bémol, librement inspiré de la seule pièce d’Eric Rohmer, nous pouvons toujours dire notre souci des auteurs, en tout cas notre incapacité à créer sans eux, sans leurs mots, sans leurs pensées, sans leurs écritures et leurs langues. Nous pouvons dire notre souci d’en être à chaque fois les libres adaptateurs, comme si nous étions préoccupés par ce qu’ils nous évoquent et ce qu’ils nous racontent intimement, probablement au plus profond de nous.

 

Aujourd’hui, nous pouvons dire que nous sommes un groupe de travail, un groupe d’acteurs, de créateurs, de collaborateurs, réunis autour d’un metteur en scène et de projets spécifiques, et soucieux d’un devenir ensemble ; un groupe fidèle et précieux, des compagnons de route, le temps que chacun en aura besoin.

 

Ce qui est collectif, c’est tout ce qui ne se voit pas : la fidélité, la réflexion ensemble, notre singularité à chacun et l’envie d’être ensemble, de quelque manière que ce soit ; tout s’invente finalement. Ce qui est collectif, c’est de ne pas avoir peur, c’est de douter, de travailler, d’apprendre et de créer.

 

Nous avons créé des spectacles qui nous ressemblent, et qui correspondent probablement à des préoccupations personnelles, et des préoccupations de groupe.

Pauline à la plage, la nécessité de devenir adulte, comprendre le monde des grands et savoir que l’on va s’inscrire dedans,

Presque l’Italie, sur fond de mémoire dévastée, raconte l’échec de l’idée même de collectif, et la nécessité d’inventer quelque chose de nouveau, sans aucune base et sans aucun modèle,

Trio en mi bémol, l’incommunicabilité entre deux êtres, et la nécessité, l’envie toujours plus grande d’arriver à être ensemble, et à s’aimer.

 

Le groupe aujourd’hui est solide, fidèle, et se pose toujours, inlassablement la même question : comment et avec quoi raconter ce qui est impossible à expliquer ou à quantifier ? Comment devient-on, que devient-on, pourquoi parfois prête-t-on autant d’attention au simple temps qui passe ?